Quand le CNIR de juin 2008 a lancé le rassemblement de l’écologie, quand les Journées d’été des Verts de 2008 furent organisées de manière à ce qu’il fut mis en valeur et que Daniel Cohn-Bendit, sans faire ouvertement amende honorable, puisse revenir sur certaines de ses malencontreuses déclarations antérieures et réorienter son discours politique, quand l’Assemblée générale de Lille mit hors de la majorité tant ceux qui voulaient une alliance avec la gauche de la gauche qui aurait de fait rendu impossible le rassemblement de la mouvance écologiste que ceux qui défendaient la disparition des Verts dans celle-ci, les objectifs étaient clairs : renforcer les Verts comme parti de l’écologie politique et donner des lieux de concertation et de rassemblement à la mouvance de l’écologie politique et de l’écologie au sens large.
On trouvait bien quelques personnes, chez les Verts comme chez les non-Verts qui, sans oser le dire tout haut, avaient la destruction des Verts dans leurs buts de guerre, mais le discours très majoritaire y compris chez des non-Verts occupant aujourd’hui des postes dans le rassemblement était « Ça va vous renforcer », discours rassurant qui a changé après les européennes.
Le renforcement des Verts est évident en poids politique et sur le plan médiatique, il suffit de voir que Cécile Duflot est passé deux fois dans la très populaire émission de Laurent Ruquier en moins d’un an et qu’on y vit aussi Jean-Vincent Placé dans la même période. Les forces écologistes sortent renforcées en nombre d’élus dans les régions, et ce sont les Verts qui sortent de fait renforcés parce que le grand public ne fait aucune différence entre « Écologistes », « Europe Écologie » et « Verts ». Le nom « Les Verts » est pour lui synonyme d’écologistes et le reste relève des subtilités qui ne touchent guère que les journalistes, les militants intéressés, et nos camarades du PS qui ne savent pas à qui s’adresser dans les départements pour discuter des cantonales.
En revanche l’échec du processus « d’adhésion » à Europe Écologie et le rythme auxquels se font aujourd’hui les ré-adhésions aux Verts interrogent.
Si la situation actuelle se poursuit on pourrait au final, Verts et « divers » réunis, se retrouver avec moins d’adhérents et de militants que n’en avaient les seuls Verts en 2009. Alors que l’objectif de départ était de renforcer le parti de l’écologie politique et de renforcer le lien avec le mouvement social, on pourrait n’avoir fait ni l’un ni l’autre
Le succès électoral de l’image de rassemblement est indéniable aux européennes, d’autant que le PS de l’époque ne donnait pas la même, on a continué sur cette dynamique aux régionales même si certains ont pu constater une fois de plus qu’on ne révolutionnait pas les équilibres politiques en moins d’un an et qu’on ne pouvait plaquer une élection considérée comme sans enjeux sur une autre. Une des principales victoires de la période étant la confiance retrouvée des Verts qui a permis pour la première fois depuis 1992 de présenter des listes partout aux régionales, la peur de ne pas avoir d’élus qui prime hélas souvent sur la vision politique à moyen terme aurait sinon, sans la dynamique issu des européennes, prédominée dans de nombreuses régions.
On a néanmoins sans doute atteint pour l’instant le point culminant des ces avancées électorales, même si on peut glaner ici ou là quelques succès ponctuels, fussent-ils éclatants.
En revanche le discours conquérant, optimiste et constructif qu’on continue à avoir, y compris en interne, sur la construction d’Europe Écologie relève largement de l’illusion rhétorique, du mensonge politique et de la méthode Coué, non pas qu’il faille abandonner l’idée de rassemblement mais parce que pour décider sainement et en connaissance de cause il faut regarder la réalité en face. Et la réalité est que non seulement la dynamique militante ne suit pas mais que l’on peut peut même se demander si on ne pourrait pas finir avec moins d’adhérents pour le rassemblement que n’en avaient les Verts, ou guère plus. C’est-à-dire qu’on aurait détruit un parti politique qui a ses défauts mais néanmoins une certaine cohérence pour arriver à un parti politique dont une partie de l’aile gauche aurait fuit, où l’on aurait intégré des bouts de CAP 21 et du MEI, bref un parti droitisé, sans histoire… et sans démocratie si on suivait certaines propositions de structurations lancées par des députés européens qui auraient pour conséquence non dites de donner le pouvoir à une oligarchie de notables.
Je m’explique.
Le rassemblement de la mouvance écologiste, la mise en place d’un lien et d’un travail organisés avec le monde associatif est malheureusement un échec. On en a eu l’image aux européennes mais plutôt que de chercher à donner à cette image une réalité Daniel Cohn-Bendit et quelques autres ont enterré le rassemblement au lendemain même du scrutin de juin 2009 à Saint-Ouen, en parlant d’Europe Écologie comme d’une organisation puis en exigeant qu’on garde ce nom pour les élections régionales ce qui le faisait apparaître comme celui d’un parti. Se lançant dans la constitution d’une organisation ils créaient « Les Amis d’Europe Écologie » qui sapaient la confiance nécessaire pour la poursuite du rassemblement et dont les initiatives provoquaient dès l’automne les premières démissions. Les discours de Daniel Cohn-Bendit à Saint-Ouen et aux Journées d’été des Verts, les initiatives des » Amis d’Europe Écologie » ne présentant pas des propositions mais énonçant comme des évidences, sans consultation ni aval de quiconque, la double appartenance, l’appel au centre et à la droite fermaient le débat.
De juin 2009 à aujourd’hui on n’a cessé, confondant rassemblement de l’écologie et « Europe Écologie » de chercher à faire entériner l’idée que « Europe Écologie » était une organisation et une organisation pérenne. On a de ce fait remplacé la réflexion sur les formes de liens avec les associations et le mouvement social par le débauchage de cadres associatifs (je partage sur ce point l’analyse qu’avait faite Jacques Caplat), ce qui ne change rien au fait que ces personnalités associatives sont souvent pour nos groupes d’élus des acquisitions remarquables, en tout cas pour ce que j’en vois en Ile-de-France).
Quand avant tout débat sur les objectifs ont lance des adhésions (alors qu’EE est en dette il y en a même qui voudraient faire des cartes d’adhérent, des cartes d’adhérent à un processus ! Et valable pour 5 mois !) et que la grande affaire qui est sensée changer la face de la vie politique française est devenue « la structuration d’Europe Écologie« , c’est qu’on a clairement décidé de finir de clouer le cercueil de l’idée de rassemblement de l’écologie politique et de la mouvance de l’écologie.
Et là on peut se poser des questions, en effet si le rassemblement est mort en tant que rassemblement on aurait pu au moins espérer un accroissement des forces militantes de l’écologie politique. Quel est le constat ?
L’afflux de militants est un mirage.
A peu près 3000 non-Verts qui ont « adhéré » à « Europe Ecologie ». Sur ces 3000 on peut en décompter les Verts qui n’ont pas réussi à s’inscrire gratuitement et se sont dit que s’il fallait payer 20 euros pour donner leur avis c’était encore dans leurs moyens, les Verts qui ne voyaient pas pourquoi ils paieraient une cotisation normale à un parti si c’était pour n’avoir pas plus de droits que ceux qui paieraient moins, les Verts qui estiment leurs ambitions bouchées en interne et qui se disent qu’ils ont plus de chance en tant que non-Verts tant on a appliqué aux régionales le principe évangélique qui veut que les derniers soient les premiers, les Verts qui sans aucun crédit dans leur groupe local et leur parti espèrent avoir plus de poids comme non-Verts.
Il faut ajouter que sur ces 3000 non-Verts il y aura une inévitable déperdition, une part d’entre eux est probablement du type des adhérents à 20 euros au PS qui étaient venus pour Ségolène Royal et sont repartis dès que leur icône a perdu la main. L’adhésion Internet est trop facile pour ne pas avoir de perte en ligne quand on interpelle les gens pour une participation réelle (ce n’est pas pour rien que certains « dirigeants » non-Verts veulent investir dans un système de vote électronique dans la logique de Gabriel Cohn-Bendit, c’est aussi utile que les cartes d’adhésion au processus mais ça permet de pouvoir décider sans débat les soirs de match).
En parallèle, coté Verts on voit d’une part tomber les démissions de militants choqués par la façon dont on organise la disparition de leur parti sans les avoir consultés et d’autre part les remontées des régions montrent une chute préoccupante des ré-adhésions.
On perd une partie de l’aile gauche, les départs avec Martine Billard sont infimes mais sont réels ceux sur la pointe des pieds de militants qui ne reconnaissent pas dans l’image donnée par les réunions des « Amis d’Europe Écologie » avec Borloo, Koscusko-Morizet, Jouaneau, voire dans l’appel à Lepage et au MEI, le retour à une forme de « ninisme », comme dans les pratiques entrainées par EE de légitimation de gens non-élus pour cela comme dirigeants politiques.
Ce n’est sans doute pas le gros de nos pertes mais il est sur que le discours qui veut que nos programmes soient restés aussi radicaux qu’auparavant ne suffit pas à compenser un phénomène d’image que l’arrivée en région parisienne de quelques PC ne suffit pas à compenser. Cette droisation n’est pas perçue comme telle par l’opinion mais les militants, dans aucun parti, n’ont jamais été un placage de l’électorat.
Alors que nous sommes en phase de victoire Les Verts auraient du avoir une vague d’adhésions, elle avait commencé après les européennes, mais non seulement elles ont été bloquées par le processus EE mais l’incertitude sur l’avenir des Verts ne pousse pas à ré-adhérer à un parti dont on ne cesse de dire qu’il est en phase de transition, de transmutation, et dont on ne peut affirmer qu’il existera pleinement dans 6 mois. Il est en effet des enthousiasmes qui ne sont pas forcément unanimes. Si tous les Verts ont soutenu le rassemblement, la façon dont il a été détourné en structuration d’Europe Écologie » menant à la fin des Verts ne fait en revanche pas l’unanimité. L’Assemblée Générale des Verts de Rhône-Alpes du 26 juin est à cet égard significative, 1/3 des voix sont allées à une liste improvisée de candidats contre la motion unique portée pourtant par toutes les tendances et tous les chefs de tente régionaux, 1/3 des voix sur le seul programme que « les Verts devaient continuer à exister au sein du rassemblement « .
On est arrivé à un point où, au delà des effets d’annonce pour l’extérieur, beaucoup se demandent si on peut continuer à envisager l’avenir sur la base d’une fiction et s’il est opportun de démolir ce qui existe, de bazarder 25 ans d’expérience, pour refaire un autre parti qui aboutit à une substitution d’adhérents plutôt qu’à un accroissement des effectifs militants (on perd la gauche et on récupère d’ex-modem et Désir d’avenir) et sans que les liens avec le mouvement social n’aient été plus développés qu’auparavant. On a aussi l’apport de nouvelles compétences et enthousiasmes mais il est étrange de ne concevoir qu’un parti pour des gens que ne veulent pas adhérer à un parti. Constatant que le rêve initial a été dévoyé et que même le succédané est un échec, la question politique organisationnelle ne serait-elle pas « Comment sauver l’acquis de la période écoulée sans détruire ? » plutôt que « structurer Europe Écologie« .
Savoir ce qu’on doit faire implique de réfléchir à la suite, ce qui veut dire d’abord arrêter de se payer de mots, de cesser l’illusion lyrique, de cesser de se refaire sa petite révolution française en chambre en théorisant la « Constituante« , pour analyser la situation à partir de la réalité. Je le dis d’autant plus facilement que je fais partie de ceux qui il y a deux ans ont cru qu’on pouvait créer de vrais formes de concertation, de rassemblement et d’action de la mouvance écologiste (pas les Verts plus les groupuscules que sont CAP 21 et le MEI mais l’ensemble du milieu associatif dont les thématiques recoupent les nôtres).
Aujourd’hui je me dis que si le roi est nu il ne sert à rien de prétendre qu’il est couvert de soie, d’hermine et de brocard.
Il ne s’agit pas non plus de noircir le tableau, de nier la qualité des nouveaux élus et la bonne volonté des militants divers, ceux de la base et des régions et pas l’oligarchie, mais traduit en chiffre, si on excepte quelques pôles particuliers qu’on ne peut prendre comme exemple et qui se noient dans la masse, force est de constater qu’on ne progresse pas et que le total Verts + Non-Verts de la « Nouvelle organisation » pourrait rester en dessous de 10 000 adhérents ou à peine plus, une substitution d’adhérents, peut-être même pas intégrale, plus qu’un renforcement.
Certes on aura du monde aux Journée d’été, certes les réunions sur la « structuration d’Europe Écologie » seront pleines, certes on applaudira les déclarations les plus démagogiques sur le rejet des sensibilités, sur le parti qui n’en sera pas un, sur les formations qui ne fonctionneraient qu’au consensus et où l’on ne se diviserait sur les choix des responsables qui proviendraient comme par enchantement de ce même consensus. Comme d’habitude, par politesse et effet de foule, beaucoup applaudiront même ce avec quoi ils ne sont pas d’accord.
Mais les Journées d’été finies on retombera sur la réalité des chiffres. Et pour lors elle me semble implacable
Je ne sais pas où est a solution maintenant que certains se sont employés à détruire par l’expression de leurs obsessions ou de leur ego, d’ « Amis » en « Appel du 22 mars », l’espoir qu’aurait pu être un rassemblement de la mouvance écologiste, mais on ne fait pas une politique longtemps sur l’illusion, l’autosuggestion, des bases erronées et le seul souci de communication.
Merci pour toutes ces infos que les militants d’en dessous la base ne connaisse pas.
Une remarque , il n’est pas inquiétant à priori que dans un parti de masse (objectif d’EE, ce que ne sont pas les Verts) il y ait des sensibilités très nuancées.
Au PS ça va des Marxistes léninistes à DSK, à L’ump des ex PS à De Villiers. Plus le parti est grand plus l’écart au sein du parti est grand. Il ne faut pas le craindre, il faut apprendre à le gérer;
Une 2e: sur le consensus, il est toujours souhaitable mais pas toujours accessible, dans ce cas le vote tranche.
Une 3e: il est un défi que nous devons relever en tant que challenger, proposer une forme politique innovante pour attirer et conserver les gens, sinon à l’inertie le PS
10 fois plus nombreux, beaucoup plus riche, plus expérimenté car mieux implanter restera hégémonique.
Je partage en partie tes craintes sur la dilution de certains idéaux,mais nous sommes
condamnés à aller de l’avant au risque de redevenir le croupion écolo du PS.
Dany a eu besoin de Cécile pour convaincre les Verts.
Lors des régionales, il a mesuré que l’appareil était aux mains des « historiques ». Il a changé de « monture ». Ce qui se passe n’est rine d’autre que la reprise en main par une partie des verts en s’appuyant sur quelques « non-verts ».
Pour ma part, je crois que nous nous sommes faits – et les un et les autres – totalement instrumentalisés et manipulés !