Stéphane Pocrain et les Verts depuis 1995

            Le nom de Stéphane Pocrain est réapparu récemment dans la presse à propos de la campagne d’Éva Joly où, faute de pouvoir l’embaucher directement au vu des fortes résistances internes, il est payé indirectement par le biais de l’agence de communication, situation qui a provoqué un protestation auprès de la candidate, notamment par une lettre signée d’une cinquantaine de militants du parti dont la responsable de la commission féminisme, lettre dont Médiapart s’est fait l’écho.

            Suite à une récupération d’archives, et notamment d’un texte écrit avec la participation de Guy Bonneau en vue du Comité Politique Régional d’Ile de France appelé à en statuer lors de la demande de réadhésion de Stéphane Pocrain en 2006, ci dessous un récapitulatif à jour des rapports de Stéphane Pocrain avec les Verts jusqu’à aujourd’hui.

 Pour les municipales de 1995

L’association MASSY-autrement décide de présenter une liste autonome aux municipales contre le cacique PS local Louis Germon, pour cela l’association passe accord avec Convergence Écologie Solidarités, le parti de Noël Mamère. Stéphane Pocrain dans ce cadre devait être le deuxième de la liste.

La veille du dépôt de la liste la tête de liste il fut découvert que celle-ci aurait pu être invalidée parce qu’il ne s’était pas inscrit sur la liste électorale de la commune, ce qu’il n’avait pas signalé. Changement de dernière minute alors que les affiches étaient prêtes.

Quand à Stéphane Pocrain on le retrouva à la tribune d’un meeting de Louis Germon contre lequel la liste avait été montée. On en tire les conclusion qu’on veut.

Pour les législatives de 1997

Stéphane Pocrain est candidat de Convergence Écologie ( parti de Noël Mamère) contre le candidat des Verts.

Pour les cantonales de 1998

Stéphane Pocrain est candidat des Verts à Massy Est suite à la fusion de CES avec les Verts. Il ne dépose pas de compte de campagne, est déclaré inéligible pour un an, la facture reste à la charge des Verts de l’Essonne.

Pour les municipales de 2001

Stéphane Pocrain devait être tête de liste aux Ulis. Alors que les listes électorales sont closes le 31 décembre au soir, il se présenta en mairie le 30 avec une simple attestation d’hébergement, il fut refusé. Un recours devant le TA fut évidemment rejeté, ce qui obligea à trouver une autre tête de liste.

Pour la présidentielle de 2002

Stéphane Pocrain fut embauché comme salarié de la campagne de Noël Mamère, il considéra dès lors que la ligne de RER entre Paris et les Ulis n’existait plus pour lui et ne vint et repartit chaque jour qu’en taxi. Aux frais du compte de campagne évidemment…

Pour les législatives de 2002

Stéphane Pocrain est candidat sur une circonscription réservée à Orsay. Le candidat Verts étant aussi celui du PS, le score est important, 46% d’électeurs au second tour. C’est au dernier moment que la trésorière nationale s’aperçoit qu’il n’a pas rendu ses comptes de campagne, pas payé l’imprimeur. La conséquence pour les Verts est la suppression du financement public pour les voix obtenues sur cette circonscription.

Stéphane Pocrain est à nouveau déclaré inéligible pour un an

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A l’AG de Toulouse en décembre 2000, Stéphane Pocrain était devenu porte-parole national sur la quota de PEPS-Maison Verte, la motion de Marie-Christine Blandin.

En 2001 il se présente au Secrétariat national, il oblige Dominique Voynet à un second tour mais perd.

En tant que membre du Collège Exécutif ayant droit à des indemnités, il avait pour des raisons comptables été payé par avance pour six mois. A partir du mois de juin 2002 il n’apparut plus au Collège Exécutif. Stéphane Pocrain est un cas historique de ce parti : il fut le premier à être démis de ses fonctions, par le CNIR de septembre 2002. A sa décharge, suite aux législatives de juin précédent, nombreux étaient ceux qui l’attendaient une facture à la main.

Cela ne l’empêche pas en 2004 d’envoyer une facture de défraiements pour avoir participé à une réunion publique de la campagne européenne de Jean-Luc Bennahmias. Le Collège Exécutif prend en compte sa facture et l’informe que son billet de train et sa nuit d’hôtel sont bien déduits de ses 100 000 euros de dette au parti.

En 2006 il  déclare dans Libération qu’il était aussi légitime qu’un autre pour être le candidat des Verts à la présidentielle. Il dépose une demande de réadhésion aux Verts que le CPR d’Ile-de-France refuse. Au lieu d’expliquer la décision du CPR, le porte-parole national d’alors, Sergio Coronado, attaque celle-ci parlant d’esprit de fermeture.

Quelques mois plus tard Stéphane annonce sa candidature à la présidentielle comme « candidat (autoproclamé) des banlieues« .  Sergio Coronado,   porte-parole national, le fait inviter aux Journées d’été de Coutances en 2006 comme un des candidats de la mouvance écologistes, cela provoque une pétition de protestation largement signée adressée au Collège Exécutif.

Une fois constaté qu’il n’avait pas une signature de maire, il ne les avait d’ailleurs pas cherché mais s’était par sa « candidature » donné un accès aux médias,  il adhère au PS comme soutien de Ségolène Royal. Il sera exclu de ce parti à la suite de sa condamnation pour violence conjugale

2011, Sergio Coronado le ramène dans l’équipe de campagne d’Eva Joly ce qui provoque de fortes réactions d’indignation en interne du mouvement.

LEGISLATIVES : CANDIDATURES DU MOUVEMENT OU NOTABILISATION ?

A chaque échéance électorale, les Verts débattent des méthodes de choix de leurs candidats. Faute d’adoption d’une règle pérenne, ils cuisinent des recettes de circonstance.

La motion du dernier Conseil Fédéral n’y déroge pas. L’élection dans les Assemblées générales de circonscription d’un « vivier » de 2 hommes et 2 femmes, et non plus d’une seule doublette paritaire, est le cache sexe de la possibilité d’imposer un parachuté arrivé au vote derrière le militant local. Idem pour la liste nationale, bonne idée si ce n’était que, sous couvert de proportionnelle, le but inavoué est de justifier la liste de notables à placer.

A défaut de l’impartialité d’une règle préétablie, on peut néanmoins se fixer des principes pour éviter que le choix de nos candidats aux législatives ne soit qu’une parodie « démocratique » d’intronisation de candidats pré-désignés. Aujourd’hui des noms sont déjà placés en face de chaque proposition faite au Parti Socialiste, on parle ouvertement de la circonscription d’un adjoint de Paris dans un département au sud du Cotentin, de celle d’un député européen sur les rives du canal St Martin à Paris. Si on fixait une règle du jeu, même minimaliste, une fois pour toute ?

  • Limitons les candidatures à la seule région du candidat, sauf demande des adhérents locaux, demande validée par les instances de la région « cible ».
  • Interdisons-nous strictement le parachutage hors de sa région de tout élu siégeant dans un exécutif local, maire-adjoint ou vice président de conseil général ou régional. On peut s’éviter le ridicule d’imiter Chirac, naguère à la fois maire de Paris et Président du Conseil général de Corrèze, un maire adjoint de Paris en Normandie ou ou Aquitaine pour des Verts ce n’est pas défendable, même s’il y a été au collège quand il portait des culottes courtes.
  • Ne renouvelons pas les procédés des sénatoriales avec des « candidatures d’ouverture » imposées par abus d’autorité de quelques personnalités. Soumettons désormais les ouvertures, que nous souhaitons, à une validation préalable par le Conseil fédéral de la proposition à faire.
  • Nous avons condamné la confusion entre Parlement européen et salle d’attente d’un mandat national, le mépris de l’Europe qu’elle marquait. Restons cohérents, serait-il compréhensible que nous copiions cet usage ? Un élu de 2009 l’est jusqu’en 2014 : une candidature législative d’un de nos parlementaires européen serait-elle acceptable et même seulement concevable ?
  • Après 3 mandats consécutifs un député ne serait-il pas plus avisé d’apporter son aide aux militants pour garder la circonscription dans le giron du parti plutôt que de s’encrouter dans 20 ans de mandat ?
  • Ne peut-on s’interdire de présenter dans les circonscriptions gagnables les maires de villes de plus de 25 000 habitants ? Leur éventuelle élection entraînant soit un cumul regrettable soit la perte d’une commune d’importance parfois plus grande pour notre implantation que la circonscription gagnée ?
  • Nos élus connus ? Souvent des inconnus avant leur élection ! Les législatives ne sont pas la poursuite d’un « cursus honorum », réservons au moins 40% des circonscriptions éligibles à des candidats qui ne sont pas déjà conseillers généraux, régionaux, maires ou adjoints. Pour résumer, évitons la notabilisation « à la mode » radicale-socialiste, ou socialiste tout court.

Et si au prochain Conseil fédéral on complétait la motion « législatives » par ces quelques principes qui, outre leur adéquation à nos idées, ne pourront qu’aider à des choix apaisés ?

Annie Lahmer, Pierre Minnaert

Un congrès, et après ?

Il n’était pas attendu de surprise de notre congrès, il n’y en eut pas si ce n’est l’échec cinglant de Daniel Cohn-Bendit et le résultat plus élevé que pronostiqué d’Envie, tous deux significatifs d’une revendication forte de clarté politique, de stabilisation et de démocratie.

Un congrès n’est pas fait pour être une autocélébration, même si certains dont Cécile Duflot l’avaient souhaité.  Celui de La Rochelle devait clarifier notre positionnement, notamment pour 2012. C’est fait, la motion votée, au-delà de son côté décousu, de malencontreuses scories et du triomphalisme inhérent à ce genre littéraire, est un bon texte… sans doute parce qu’il reprend l’essentiel de la motion Envie.

Elle rappelle notre adhésion au courant économique de la décroissance de même qu’elle pose des exigences fortes pour un contrat de gouvernement ; elle reprend la proposition d’Envie d’évaluation annuelle de sa mise en œuvre avec les forces sociales, syndicales et associatives ; elle réaffirme l’importance du lien avec les mouvements sociaux,  et ses propositions en terme de démocratie interne sont une critique en creux de la période écoulée.

Il reste à exiger que la présidentielle ne devienne pas la justification d’un nouveau collapsus démocratique. On peut toujours craindre qu’une équipe de campagne non-représentative des instances et sensibilités du parti ne soit nommée que par la candidate et se croit investie d’un pouvoir de décision et d’orientation de la campagne à la place de ses instances élues.

Un texte d’orientation peut être une feuille de route ou être rangé aux archives sitôt voté. Notre démocratie impose le premier choix, les exigences mises à un accord législatif et de gouvernement doivent être un impératif : l’objectif n’est pas un accord à tout prix, et donc à bas prix, au motif des ambitions législatives ou ministérielles de quelques-uns. En effet, rééditer les renoncements successifs de la gauche au pouvoir serait programmer pour 2017 le retour d’une droite plus dure, acceptant l’alliance avec un FN que nous aurions fait prospérer : on ne déçoit pas impunément des citoyens en quête d’un nouvel espoir.

C’est pourquoi, 2012 passé, l’importance du suivi de la politique gouvernementale par la Conférence de bilan est capitale. Il ne s’agit pas de programmer la sortie du gouvernement toute les semaines mais, pour ne pas rééditer l’échec de 1997-2002 et de la majorité plurielle, de savoir sonner l’alerte et partir si celle-ci n’est pas entendue.

Notre parti doit aussi être capable de penser une stratégie qui aille au delà de 2012. Que voulons-nous avoir réussi dans cinq ans ? Où voulons-nous aller ? Si nous aspirons à être comme les Grünen en situation de gouverner, nous ne pouvons faire d’eux un modèle, nous n’imaginons pas nous allier avec la droite comme ils ont pu le faire dans certains Lander et l’envisager un instant après le dernier renouvellement du Bundestag.

Notre écologie n’est ni de l’écolo-libéralisme ni du centrisme option environnement, elle assume sa radicalité. Comment porter cette radicalité sans se couper d’une société qui n’y est pas acquise ? Comment la porter tout en s’élargissant et comment s’élargir sans la perdre ? C’est une des réflexions qui s’impose à nous si nous pensons que notre vision de notre avenir et des enjeux de nos sociétés dépasse la seule ambition d’un groupe parlementaire en 2012.

Une candidature « identitaire  » ?

Je me suis frotté les yeux en lisant hier une dépêche de l’AFP.

On y lit, :  « On ne peut rien exclure » même si la dynamique est chez Joly, dit-on de tous côtés. « On ne mérite pas un tel écart« , affirme Pascal Durand, codirecteur de campagne un brin résigné de M.Hulot, jugeant « irrationnel » le « rejet » de son poulain ».

Ce « rejet » dont parle Pascal Durand a le même sens que le « bizutage » dont a parlé Nicolas Hulot. J’ai du mal à voir où est le rejet ou le bizutage.

Quand un candidat débarque dans la vie politique, ayant jusque là agit dans un cadre radicalement différent, qu’il arrive néanmoins avec le soutien public ou en sous main de plus de 70% des membres de l’Exécutif, que sur quatre candidats il arrive en seconde position avec 40%, je crois que beaucoup d’hommes politiques voudraient subir un tel rejet. Quarante pour cent c’est même un excellent résultat,  pas un seul des ex-non-Verts candidats aux européennes n’en aurait fait la moitié s’ils étaient passés par un vote militant et n’avaient pas eu leurs postes par cooptation.

A moins de considérer que se présenter devait être synonyme d’être élu et que le résultat du vote devait être garanti avant d’avoir eu lieu. Possibilité qui a certes été tentée autant qu’il était possible sans donner le résultat escompté.

Nous sommes en fait dans la droite suite du congrès, Daniel Cohn-Bendit a subi un échec cinglant entre autres parce que les adhérents ont voté pour la stabilité, le refus d’une évolution vers un positionnement au centre et pour des modes de fonctionnement régis par le vote démocratique et pas les déclarations césaristes.

C’est un vote similaire que les votants  ont fait un mois plus tard, désavouant de fait la majorité de l’Exécutif qu’il venait d’élire, qui faisait tout pour favoriser Nicolas Hulot,  sauf qu’il s’agissait d’un corps électoral plus que doublé qu’on pensait massivement favorable à Nicolas Hulot et qui avait été aménagé pour lui, or ce corps électoral a lui aussi voté pour la stabilité : Joly était de fait la candidate depuis un an, et elle était curieusement devenue le symbole du refus de l’accord à droite ou d’une dérive vers le centre. La sympathie pour Bayroun, un opposant à Sarkozy, aurait pu passer, pas celle pour Borloo qui siégeait dans un gouvernement honni et refusait de condamner son action depuis 2007.

Le problème n’est pas que Nicolas élu n’ait pas disposé d’un temps de campagne assez long, mais qu’il n’ait pas participé aux campagnes électorales, ce n’est pas qu’il ait manqué de temps c’est qu’il n’est pas arrivé à temps.

Il a de plus été mal conseillé.

Mal conseillé sur la manière de faire campagne :

- l’alignement de sondages qui ne voulaient rien dire comme argument en sa faveur pouvait pousser à un vote de rejet d’une élection qui semblait trop programmée, nombreux restent ceux qui ne  sont pas prêts à entendre qu’on ne vote pas pour les idées que l’on souhaite voir porter mais pour s’aligner sur les études d’opinion  ;

- l’envoi régulier de listes des célébrités soutenant Hulot était contre productif, là encore le jeu médiatique à la place d’arguments en faveur de la candidature, et c’était encore se tromper sur un électorat qui n’a pas une mentalité de fan club.

Mal conseillé également sur la volonté de créer un corps électoral fait pour assurer sa victoire :

Il serait en effet resté celui des militants, sans les adhésions de masse à 5 euros qui n’avaient été réclamées que par ses partisans, il y avait la possibilité de gagner sur une argumentation politique (avant les propos sur Borloo de La Rochelle), alors que ces « adhérents » à 5 euros, auxquels sur le site de Nicolas Hulot contrairement à celui d’Eva Joly on se gardait bien de ou préciser qu’ils adhéraient à EE-Les Verts, qu’on croyait venus pour Hulot, sont pour une bonne part venue pour Joly qui était présentée depuis un an comme la candidate… par ceux qui soutiennent Hulot aujourd’hui.

Ce vote n’a donc rien d’irrationnel il est tout à fait explicable et est très politique.

Ce que je trouve en revanche « irrationnel« , « loufoque » serait sans doute le terme plus approprié, c’est que le Porte-parole national qualifie « d‘irrationnel » le vote des adhérents de la coopérative dont ceux du parti.  Je ne sache pas que disqualifier  le vote des adhérent soit le boulot de leur porte-parole.
Pour une fois je ne peux qu’adhérer aux propos de François de Rugy quand il dénonce « le manque de respect des votants et la prétention » de certains propos. Prétention qui atteint le sommet du ridicule quand Nicolas Hulot déclare « j’ose croire jusqu’au bout qu’il va y avoir un sursaut, que les militants vont réaliser qu’on risque de manquer le train de l’histoire », parler ainsi de sa propre candidature, il faut oser.

Idem sur les propos tenus tant par Hulot que par ses partisans, qu’on qualifiera de « déplacés »  pour  ne pas dire tout le mal qu’on en pense. Il est à la limite de la grossièreté que de parler de « sursaut » pour un changement des votes en sa faveur comme si voter pour son adversaire du même parti était le chemin du déclin,  il est agressif  que de répéter à tout va qu’Eva Joly, si elle sort en tête, serait une candidate de fermeture ou, pour reprendre les termes de Nicolas Hulot, « sera lue comme une candidature identitaire« . De quelle identité s’agit-il et quelle est celle de Nicolas Hulot ?

C’est probablement là encore une superbe erreur de stratégie de campagne qui n’est probablement pas pour plaire à ceux qui votent. Au second tour on rassemble et on montre qu’on est capable de le faire, ce n’est pas ce que fait l’équipe Hulot depuis une semaine.

Nul n’aurait en effet vu un « repli identitaire » dans le fait de présenter Eva Joly si ce discours n’était pas ressassé depuis une semaine par les partisans de Hulot, et Hulot lui même. Qui aurait été voir comme un repli identitaire d’aller présenter Eva Joly alors que, les mêmes qui parlent aujourd’hui de « repli identitaire », la présentaient il y a moins d’un an comme la candidature de l’ouverture face à, horresco referens, une possibilité de candidature issue des Verts.
Pas difficile de retrouver leurs interventions en ce sens, j’ai rappelé dans un article précédant celle de Sandrine Bélier mais j’en ai d’autres en stock.

C’est l’exemple même de la campagne de mauvaise foi et de mauvais joueurs, c’est tout autant l’exemple d’une tentative de savonnage de planche qui n’ose pas s’avouer.

Je ne vois pas qui, sans Nicolas Hulot et ses acolytes, serait allé présenter comme « identitaire » la personnalité la plus marquante de l’ouverture des européennes, qui n’a aucun passé politique, et qui n’est connue que comme juge d’instruction, ce qui n’est pas franchement un passé écolo. Eva Joly ressemble en effet à peu près autant à une militante écolo telle qu’on se l’imagine qu’un commandant de CRS à un barbu chevelu en sandales de pèlerin. Difficile de faire
moins identitaire.

J’avais voté au Conseil fédéral pour un choix en septembre, finalement, vu le niveau du débat, heureusement que cela va s’arrêter rapidement.

Cette dérive permet sans doute aussi une réflexion sur les fausses bonnes idées telles que les « primaires », soit disant plus démocratiques sans qu’il n’ait jamais été expliqué où était le surcroît de démocratie, « primaires » qui n’ont aucun sens dans un système électoral à deux tours et qui obligent à faire sa campagne dans les médias puisqu’une part du corps électoral n’est pas accessible par les réseaux militants.
Et faire une campagne dans les médias il n’y a rien de mieux pour pousser à l’outrance, diviser ceux qui auront à faire la campagne et donner une image de division à ceux qui devront voter… Mais puisque le PS avait une mauvaise idée il fallait bien qu’on la reprenne, certains ne sont toujours pas sortis du syndrome du Grand frère.

Sans enthousiasme et sans illusion ce sera Joly

J’ai voté Henri Stoll au premier tour, j’étais même son mandataire, pour le second j’hésitais, envisageant le vote blanc.

Je n’avais pas oublié que la candidature Joly, de l’aveu public de ses initiateurs mêmes, avaient été lancée pour empêcher une candidature Duflot qui avait le tort d’être « verte et trop à gauche » et que Éva Joly s’était pendant des mois laissée présenter comme si elle était la candidate déjà investie, avant tout vote, ce qui n’était pas le gage d’une campagne organisée démocratiquement et sous le contrôle des instances du parti.

Puis Éva Joly s’est investie dans la vie du mouvement, a soutenu activement nos listes des régionales et nos candidats aux cantonales, son discours s’est progressivement aligné sur celui du mouvement et sa candidature se situe aujourd’hui plus clairement dans une construction collective. Son seul vrai impair, mais il est il faut le reconnaître de taille, est la signature d’une assez pitoyable et contestable tribune avec Noël Mamère et Esther Benbassa, je n’imagine pas une seconde une candidate faisant campagne en notre nom, en mon nom, sur un tel discours, l’erreur ne semble pas s’être répétée.

Pendant tout ce temps, quand Éva Joly était dans nos combat Nicolas Hulot était lui aux abonnés absents, non pas qu’il ne faisait rien mais qu’il était invisible sur nos combats alors qu’il aspirait à recueillir nos voix.

Le résultat du premier tour est la conséquence de ces différences d’investissement.

Certes beaucoup reprochaient à Hulot une écologie pendant longtemps très « greenwashing« , le « copain de Chirac » et une forme de centrisme de gendre idéal, je n’en faisais pas partie, je suis de ceux qui considèrent que la forme d’engagement de Nicolas Hulot participe d’une diversité d’approches qui est nécessaire et utile, mais c’est un fait qu’il est mal perçu par beaucoup de militants et sympathisants. Le résultat de Stéphane Lhomme, qui n’est pas ridicule si on prend en compte la manière dont ce candidat a été caricaturé car il mettait un pavé dans la mare, est un résultat très minoré de ce reproche qui pèse aussi dans les scores de Stoll et Joly.
Mais Nicolas Hulot serait arrivé avant les cantonales, serait allé dans les régions soutenir les candidats, il aurait marqué son appartenance au mouvement, il n’aurait pas été reçu comme une pièce rapportée pour la présidentielle, nous avons prouvé une forte capacité d’intégration des nouveaux venus.
En attendant nous ignorons son impact électoral puisque sur le terrain il ne nous a pas donné l’occasion par sa présence auprès de nous de faire le constat du plus qu’il apportait.

Il l’eut fait ce n’aurait pas été la même chose que d’arriver comme une fleur directement comme candidat à la présidentielle, faisant don de sa notoriété à la cause à condition qu’elle soit reconnue à la valeur qu’il l’estimait, et au début sous la menace d’une candidature concurrente, puis en se débrouillant avec ses partisans au BE pour faire constituer un corps électoral censé lui être favorable ce qui permettait à ses partisans d’imaginer une victoire dès le premier tour.

Le résultat de celui-ci a montré une fois de plus la pertinence de la morale finale du Lièvre et la Tortue.

Pour tout dire je n’ai aucun enthousiasme pour aucun des candidats, aucun des deux ne me semble à la hauteur de la tâche, du message que nous avons à porter et de ce que nous avons à construire. Je fais partie de ceux qui pensent, et je sais que je ne suis pas le seul, nonobstant toutes les critiques que je peux faire à la Secrétaire nationale, que notre meilleure candidate aurait été Cécile Duflot.

Je ne pense pas que le candidat lui même, sauf dynamique exceptionnelle, et notre temps pour celle-ci est passé, ait un impact majeur sur notre résultat. On ne votait pas NPA on votait Besancenot, de même qu’on ne votait pas LO mais Arlette,  mais pour les écolos en revanche on vote moins pour le candidat qu’on ne vote vert. Ainsi un autre candidat en 2007, plus adapté à la période que Dominique Voynet, aurait peut-être fait un peu plus mais pas beaucoup, on payait 2002 et la majorité de notre électorat qui a toujours été très poreux avec celui du PS voulait voter « utile ».

Le choix de notre candidat est donc essentiellement moins un choix sur le résultat, il n’aura qu’un effet secondaire sur celui-ci, ce que confirment les sondages même si on sait ce que valent leur fiabilité, c’est un choix sur une orientation politique et sur ce que nous voulons construire pour la suite.

Et là, si j’avais un doute, les déclarations de Jean-Paul Besset, de Daniel Cohn-Bendit dans Libération du 1er juillet, et un moment du débat de jeudi soir entre Nicolas Hulot et Éva Joly, m’ont clarifié les idées.

Jean-Paul Besset d’abord, mais le discours de Daniel Cohn-Bendit est le même, le choix de Joly serait un choix de « fermeture identitaire, et c’est dit par ceux là mêmes qui l’ont lancée contre ce qu’ils estimaient être une candidature verte identitaire et trop à gauche, celle de Cécile Duflot.

Voici ce que déclarait Sandrine Bélier, aujourd’hui dans l’équipe Hulot, le 25 août dernier « Je crois qu’Éva Joly est une bonne candidate. Et je crois qu’elle a, avec son discours et son parcours “éthique” et atypique, les qualités qui sauront séduire les écologistes et au-delà. C’est vrai qu’elle n’a peut-être pas le profil classique de gauche-environnementaliste (comme Daniel Cohn-Bendit et comme ont pu lui reprocher certains militants verts), pour autant elle a montré pendant nos journées d’été que sa candidature recueillait une très large adhésion ».
Aujourd’hui et pour les mêmes Joly devient une candidature de fermeture et cela pour une seule raison, elle dit clairement que nos alliés sont à gauche. On ne demande certes pas aux électeurs d’où il viennent, mais un élargissement éventuel vers le centre partidaire, c’est à dire la droite modérée, est un problème d’entre deux tours pas un choix d’orientation politique. Or quand on voit certaines des argumentations faites en faveur de Hulot c’est bien un choix d’orientation politique qui est proposé.
L’erreur de fin de repas de Nicolas Hulot à La Rochelle, disant en substance que s’il avait renoncé à un ticket avec Borloo ce n’était que parce que cela « ne correspondait pas à la culture d’EELV« , pose quand même un problème, quels que soient les discours « gauche » ultérieurs, et c’est bien aussi parce qu’il envisageait encore il y a peu une alliance avec un homme qui rêvait d’être 1er ministre de Sarkozy qu’il a le soutient de Daniel Cohn-Bendit qui tire dans le dos d’Éva Joly après l’avoir il y a un an envoyé au front.

Car que dit Daniel Cohn-Bendit dans Libération.

Le président du groupe Vert au Parlement européen, qui il y a encore un mois se présentait pour être au Bureau Exécutif du parti ne trouve d’abord rien de mieux à faire, une fois de plus, que de défendre une position contraire à celle que nous avons adoptée à l’unanimité sur le choix de présenter un candidat à la présidentielle.
L’affirmation de l’écologie comme identité politique irréductible à celle du PS et qui ne s’échange pas contre des sièges de députés, est pour moi une nécessité politique. Il est donc hors de question d’aller vers un candidat qui pourrait envisager de se retirer de son propre chef en janvier ou février quand il ne sera plus possible de le remplacer.

Sur ce point le texte publié pour le second tour par Éva Joly est sans ambiguïté http://evajoly.fr/2011/07/01/rien-nest-joue/ , or dans le débat de jeudi Nicolas Hulot a encore envisagé la possibilité d’un retrait.
Retrait qui en tout état de cause relèverait d’une décision du CF ou d’un vote des adhérents et pas de la déclaration d’un candidat.
Entre le flou de Hulot dans le débat et le soutien que lui donne Daniel Cohn-Bendit qui est pour le retrait, le soutien que lui donnent aussi les adhérents qui étaient d’accord avec la thèse de DCB sans oser la défendre publiquement, il s’avère que sur ce point j’ai plus confiance en Joly.

Enfin on peut lire, encore dans Libération dont Daniel Cohn-Bendit et son frère semblent être les actionnaires principaux : « Hulot était capable de rassembler les écologistes de gauche de droite et du centre« .

Il semble qu’un écologiste tout court cela n’existe pas pour Daniel Cohn-Bendit, ce qui déjà ce discute, je me demande ce qu’en pense Jean-Paul Besset, mais chez moi un écologiste de droite c’est un oxymore et un centriste écolo cela s’appelle un environnementaliste. On peut remercier Daniel Cohn-Bendit de démolir en une déclaration 40 ans de combat des écologistes pour faire passer l’idée que l’écologie est une idéologie politique qui fait un lien insécable entre l’environnement, le social et la démocratie, ce qui n’est pas compatible avec le concept « d’écologie de droite« .
Ce que nous donne comme objectif Daniel Cohn-Bendit c’est une candidature rassemblant tous les environnementalistes, fussent-ils de droite et Sarkozyste, et pour lui cet objectif est porté par Nicolas Hulot. Élargir l’électorat écologiste oui, mais ce n’est pas le même choix politique que de parler d’écologie de droite.

Aujourd’hui nous n’avons pas à choisir entre les capacités de l’un ou l’autre candidat, mais entre deux orientations politiques, c’est pour cela que je voterai Éva Joly, sans passion ni enthousiasme particuliers mais pour sauver l’essentiel.

En effet toutes les interventions des soutiens de Hulot depuis mardi vont dans le même sens, la victoire de Joly serait une victoire de la « fermeture identitaire« , Daniel Cohn-Bendit a donné la définition de ce que voulait dire pour les partisans de Hulot « fermeture identitaire« , ne pas vouloir se rassembler avec « l’écologie de droite« , il a clarifié ce qui ne l’était pas, fait sauter le jeu des positionnements de campagne et des apparences. On sait ce que prônent réellement les animateurs de la campagne de Hulot.

On ne peut que se réjouir des succès des Grünen mais l’on peut avoir d’autres ambitions que de partager leur adhésion au social-libéralisme et leur stratégie d’alliance à gauche ou à droite selon les circonstances, on peut choisir de grandir par d’autres voies que les leurs, sans renoncer à s’attaquer aux sources économiques des inégalités et de la destruction de l’environnement.

Pierre Minnaert
06 80 68 48 31

Préliminaires à une réflexion sur l’organisation du rassemblement

Une constitution est le reflet de valeurs et de principes, un mode d’organisation est la mise ne pratique de ce qu’on est et de ce qu’on veut, des idées dont on se réclame. Au-delà du texte, c’est aussi le fonctionnement effectif qui atteste de l’adéquation entre ce que l’on fait et ce que l’on prétend être.

Avant de faire le saut dans les modalités d’organisation du rassemblement de l’écologie il importe donc de fixer en préalable les objectifs souhaités.

Il importe aussi de se fixer des cadres de travail qui permettent de ne pas s’égarer loin du projet poursuivi.

I l y a d’abord les précautions, ce que nous ne devons pas faire

-     Nous ne devons pas nous illusionner sur notre force, ce n’est pas sans conséquences sur ce que l’on construit : on ne gouverne pas San Marin comme les États-Unis, on n’a pas les mêmes statuts dans un regroupement de quelques milliers de membres, de quelques dizaines de milliers ou de deux-cent mille. Forts de nos récents succès électoraux on pourrait céder à l’illusion récurrente chez les écologistes depuis plus de 30 ans de la progression logarithmique des voix, rêver d’une société qui nous attendrait.

Or nous vivons dans un monde démocratique, les changements électoraux majeurs sont relativement lents, les différentes élections ne sont pas comparables et obéissent à des logiques différentes, les régionales ont d’ailleurs effacé les mirages et calmé les propos va t’en guerre qui suivirent les européennes. Nous pouvons espérer stabiliser progressivement nos résultats à plus de 10 %, égaler un jour le PS et le dépasser, mais ce sera un processus lent.

Quant à la société elle ne nous attend pas plus que nous n’attendons l’UMP ou le PC. Nous devons construire en sachant que le monde associatif n’est pas un et que nous ne le représentons pas, que la société n’est pas une non plus, que  nous connaîtrons des reculs et que le mode électoral pour les élections qui s’annoncent ne nous est pas favorable.

Ayons le courage de le dire, nos résultats électoraux sont bons sans être exceptionnels. Le résultat des européennes est du à des circonstances diverses, le regain du vote socialiste aux régionales l’a démontré à ceux qui ne juraient que par notre force de conviction. Le gain de 6 points par rapport à nos deux meilleures années, 1989 et 1999, est d’ailleurs dans l’ordre des fluctuations de cette élection où les mouvements de yoyo sont les plus prononcés, il suffit pour le constater d’y regarder depuis 1979 l’évolution des voix du Parti socialiste,  comme de l’UMP et du RPR auquel elle a succédé. .

Il est évident que le résultat des régionales n’est pas à comparer avec celui de juin 2009, contrairement aux âneries que l’on put lire qui regrettaient notre recul par rapport aux européennes. Cependant, nihil novi sub sole, si nous y avons progressé par rapport au scrutin similaire de 2004,  un gain de 4 points en moyenne en 5 ans dans les régions où la comparaison avec 2004 est possible, Rhône-Alpes mise à part, est  un incontestable succès, peut-être la marque d’un enracinement, certainement celle d’une dynamique à un moment X, mais c’est aussi un gain qui peut sembler logique quand on ne cesse de répéter que les mentalités évoluent et que les citoyens prennent consciences de la crise écologique. Il est aussi de l’ordre des succès ponctuels que tous les partis connaissent, c’est l’avenir qui nous dira si le niveau atteint aujourd’hui est notre socle, notre pic ou notre pivot électoral.

Le relatif échec de l’adhésion au processus de discussion sur l’avenir du rassemblement, 7000 personnes en trois mois, y compris les adhérents des Verts, montre par ailleurs que des succès électoraux, la confiance donnée à une liste lors d’une élection, ne se traduisent pas forcément en dynamique militante. L’afflux de militants n’a pas eu lieu ou plutôt pas plus que d’habitude, oui des gens nous ont rejoints mais pas plus quand on regarde les chiffres que lors des précédents succès électoraux des Verts à la fin des années 80 et lors de l’entrée au gouvernement.

Il ne s’agit donc pas de croire à notre succès dans un  acte de foi mais de le construire et donc pour l’instant de bâtir les modalités de fonctionnement d’un rassemblement de dix à vingt-mille personnes, disons avec un très grand élan d’optimisme  trente mille  en 2012. La question est donc : comment faire fonctionner ensemble le parti politique que sont Les Verts, la fédération de partis qu’est RPS, et les militants ou sympathisants qui ne veulent pas appartenir à un parti politique, comment aussi organiser les relations de cet ensemble avec les associations de la mouvance de l’écologie, les syndicats, les personnalités proches.

-     Nous ne devons pas définir au préalable le système de référence dans lequel s’inscrit l’organisation de la mouvance de l’écologie.

Plusieurs modèles théoriques d’organisation ont été proposés (parti unitaire, fédération, coopérative laitière), il me semble que le choix préalable  de l’un d’eux est non seulement inutile mais fige la réflexion. Cherchons point par point des solutions pragmatiques pour les objectifs que nous nous fixons, voyons ce dont  nous avons besoin,  il sera bien temps après de caractériser le résultat.

En politique le signifiant ne dit d’ailleurs pas toujours ce qu’est la réalité : la Confédération helvétique est en pratique une fédération, l’Union européenne qui se rêve fédération l’est essentiellement pour la circulation des marchandises, et c’est souvent plus l’usage  que les textes qui créent le modèle : rappelons que la Ve République avait une constitution parfaitement adaptée à un système parlementaire. Alors sérions les points d’organisation à résoudre, proposons des réponses, testons les dans les années qui viennent, et l’on verra bien ce qu’il en ressortira. Expérimentons !

–          Nous ne devons pas chercher à construire une organisation

Une organisation  avec une instance exécutive et un parlement élus par les adhérents, si souple que puisse être son fonctionnement, s’appelle un parti. Construire une organisation, un parti, c’est le signe de l’échec, c’est renoncer à l’idée de rassemblement qui a contribué au succès de la phase électorale écoulée en permettant l’engagement ponctuel d’individualités qui ne se reconnaissaient pas dans un engagement partidaire.

La réflexion ne devrait donc pas porter sur la construction d’une organisation. Il s’agit d’organiser le rassemblement, de créer des lieux de rencontre, de penser des rapports entre entités, types d’engagements et individualités. Il s’agit d’organiser des espaces de débat, des moments d’actions, des processus de décision

Il s’agit que cet ensemble d’interrelations et d’interactions ait une cohérence globale sans pour autant être d’une seule pièce et nier la diversité de ses pôles et composante. Nous devons créer une  mosaïque où la beauté du tout vient de la variété des tesselles et de la place donnée à chacune d’elle dans l’ordonnancement général.

Avant de réfléchir à des instances il convient donc de distinguer des fonctions qui correspondent à des espaces différents et peut-être à des formes différentes d’organisation.

-          L’espace électoral

–         L’espace des combats thématiques, des luttes et actions de terrain

–         L’espace de la réflexion

–         L’espace des institutions

Aucun d’eux n’est coupé des autres, ce ne sont pas non plus des cercles concentriques du parti politique à la périphérie, mais des espaces à la fois distincts et emboités avec des intersections qui les rendent interdépendants.

Et avant de savoir qui choisit les candidats aux élections il convient de savoir comment on répond à ces différentes fonctions.

–          Nous ne devons pas chercher l’unification des militants dans une organisation nouvelle.

Uniformiser les adhésions et le militantisme, c’est ne pas tenir compte des différents niveaux d’engagements, ou plutôt de leur variété, et imposer à ceux qui ne veulent pas être dans un parti les droits, mais alors aussi les charges, des membres de ceux-ci.

–          Nous devons arrêter la démagogie antiparti et laisser aux tribunes libres et aux analyses branchouilles de Libération les creuses théorisations de bateleur sur leur inadéquation au monde actuel, leurs limites ou leur dépassement.

Parler des partis comme d’un modèle périmé est d’une part une vision très française qu’on ne saurait généraliser à l’ensemble des pays d’Europe, d’autre part un manque de recul historique flagrant, notre pays n’a en effet jamais connu de partis réellement de masse sauf pendant quelques moments historiques liés à des périodes exceptionnelles. Quant au dénigrement de ceux-ci, il est aussi vieux que la République sauf que jusqu’alors il était réservé à l’extrême droite.

Si on doit certes penser la politique au delà des partis ce n’est pas pour autant qu’ils seraient dépassés, on a dit la même chose pour les syndicats à partir du milieu des années 80, ceux-ci ont relativement peu de membres mais c’est pourtant vers eux que les salariés se tournent spontanément en cas de problèmes.

Et la liste de ce que nous ne devons pas faire détermine ce que nous devons rechercher

–         Le Rassemblement de la mouvance de l’écologie doit être clairement identifié

Il doit avoir un nom porteur, qui rende bien l’idée de rassemblement, ce qui n’est pas le cas de l’actuel  « Europe Écologie »,  et un logo.

Il n’est pas un parti, il n’a pas à intervenir sur tout, mais chacun, quel que soit son statut au sein de celui-ci, sympathisant voulant être informé ou ne s’investir que sur un combat particulier, personnalité souhaitant ne participer qu’à la réflexion programmatique,  membre de RPS ou des Verts, doit pouvoir ressentir envers lui, comme l’écrit Jean-Paul Besset, un « sentiment d’appartenance ». C’est ce sentiment d’appartenance et d’unité qui fait une force politique.

–         Le rassemblement de la mouvance de l’écologie doit avoir des valeurs communes et un projet

Ce sont la Charte des valeurs et ce projet qui créent l’identité commune et qui fondent le rassemblement. C’est l’adhésion à la Charte des valeurs et au projet qui fait l’unité des ses membres quel que soit le degré d’implication et les droits dont chacun d’eux y dispose en proportion de son degré d’engagement.

Si cette charte des valeurs n’est pas un programme, ce n’est pas non plus un édredon qui change de forme selon qui s’y couche, il existe un socle idéologique qui fonde l’écologie politique, qui est un acquis et qui n’est pas mis au débat (antiproductivisme, antilibéralisme, fédéralisme…), on ne part pas de zéro, on poursuit une histoire.

Cette identité et ces valeurs partagées excluent la double appartenance au rassemblement et à un parti politique autre que Les Verts ou RPS, car une force politique qui n’a pas un dedans et un dehors n’existe pas.

–         Le rassemblement de la mouvance de l’écologie doit penser une organisation qui reconnaisse que l’action politique est diverse et ne se limite pas aux lieux de pouvoirs institutionnels.

La « Charte d’Amiens » de 1906, souvent mal comprise, ne disait nullement que les syndicats ne faisaient pas de politique mais que leur action ne dépendait pas de celle d’un parti. C’est cette action politique des syndicats et des associations que nous devons trouver le moyen de reconnaître dans le rassemblement, mais en respectant la spécificité de celle-ci, de même que doit être respectée la spécificité de l’action des Verts. Si les associations et syndicats ne sont pas des dépendances thématiques du parti celui-ci fait une synthèses politique qui n’en fait pas non-plus le simple porte-voix sur le champ électoral du milieu associatif ou syndical.

Rassembler une mouvance de l’écologie politique qui se déploie sur des champs divers ne peut donc se faire dans un parti, serait-il à l’image de la tradition gaulliste hypocritement camouflé sous un autre nom.

Et une fois cadré ce que l’on ne doit pas faire et ce qu’il est indispensable de faire il devient plus aisé de réfléchir aux structures possibles, certains choix tombant automatiquement car contradictoires avec l’objectif poursuivi.

Les possibilités et combinaisons restantes suffisent à ouvrir un très large débat. D’autant plus que ce qu’il y a à trouver demande justement de sortir des sentiers battus de ce qui existe, de sortir de la reproduction du modèle partidaire avec son exécutif et son conseil national décliné sous toutes les variantes dans tous les partis, de trouver un modèle de fonctionnement qui permette au parti des Verts et aux régionalistes de fonctionner et d’agir et à l’ensemble de la mouvance de l’écologie politique de trouver un cadre de vie démocratique lui permettant d’être une force efficace et reconnue là où il lui appartient d’intervenir.

Et c’est beaucoup moins simple que de créer la variante écologiste du NPA dans un facile, sans intérêt ni valeur ajoutée, « Nouveau Parti Écologiste ».

Combien de militants au final ?

Quand le CNIR de juin 2008 a lancé le rassemblement de l’écologie, quand les Journées d’été des Verts de 2008 furent organisées de manière à ce qu’il fut mis en valeur et que Daniel Cohn-Bendit, sans faire ouvertement amende honorable, puisse  revenir sur certaines de ses malencontreuses déclarations antérieures et réorienter son discours politique, quand l’Assemblée générale de Lille mit hors de la majorité tant ceux qui voulaient une alliance avec la gauche de la gauche qui aurait de fait rendu impossible le rassemblement de la mouvance écologiste que ceux qui défendaient la disparition des Verts dans celle-ci, les objectifs étaient clairs : renforcer les Verts comme parti de l’écologie politique et donner des lieux de concertation et de rassemblement à la mouvance de l’écologie politique et de l’écologie au sens large.
On trouvait bien quelques personnes, chez les Verts comme chez les non-Verts qui, sans oser le dire tout haut, avaient la destruction des Verts dans leurs buts de guerre, mais le discours très majoritaire y compris chez des non-Verts occupant aujourd’hui des postes dans le rassemblement était « Ça va vous renforcer », discours rassurant qui a changé après les européennes.

Le renforcement des Verts est évident en poids politique et sur le plan médiatique, il suffit de voir que Cécile Duflot est passé deux fois dans la très populaire émission de Laurent Ruquier en moins d’un an et qu’on y vit aussi Jean-Vincent Placé dans la même période. Les forces écologistes sortent renforcées en nombre d’élus dans les régions, et ce sont les Verts qui sortent de fait renforcés parce que le grand public ne fait aucune différence entre « Écologistes », « Europe Écologie » et « Verts ». Le nom « Les Verts » est pour lui synonyme d’écologistes et le reste relève des subtilités qui ne touchent guère que les journalistes, les militants intéressés, et nos camarades du PS qui ne savent pas à qui s’adresser dans les départements pour discuter des cantonales.

En revanche l’échec du processus « d’adhésion » à Europe Écologie et le rythme auxquels se font aujourd’hui les ré-adhésions aux Verts interrogent.

Si la situation actuelle se poursuit on pourrait au final, Verts et « divers » réunis, se retrouver avec moins d’adhérents et de militants que n’en avaient les seuls Verts en 2009. Alors que l’objectif de départ était de renforcer le parti de l’écologie politique et de renforcer le lien avec le mouvement social, on pourrait n’avoir fait ni l’un ni l’autre

Le succès électoral de l’image de rassemblement est indéniable aux européennes, d’autant que le PS de l’époque ne donnait pas la même, on a continué sur cette dynamique aux régionales même si certains ont pu constater une fois de plus qu’on ne révolutionnait pas les équilibres politiques en moins d’un an et qu’on ne pouvait plaquer une élection considérée comme sans enjeux sur une autre. Une des principales victoires de la période étant la confiance retrouvée des Verts qui a permis pour la première fois depuis 1992 de présenter des listes partout aux régionales, la peur de ne pas avoir d’élus qui prime hélas souvent sur la vision politique à moyen terme aurait sinon, sans la dynamique issu des européennes, prédominée dans de nombreuses régions.
On a néanmoins sans doute atteint pour l’instant le point culminant des ces avancées électorales, même si on peut glaner ici ou là  quelques succès ponctuels, fussent-ils éclatants.

En revanche le discours conquérant, optimiste et constructif qu’on continue à avoir, y compris en interne, sur la construction d’Europe Écologie relève largement de l’illusion rhétorique, du mensonge politique et de la méthode Coué, non pas qu’il faille abandonner l’idée de rassemblement mais parce que pour décider sainement et en connaissance de cause il faut regarder la réalité en face. Et la réalité est que non seulement la dynamique militante ne suit pas mais que l’on peut peut même se demander si on ne pourrait pas finir avec moins d’adhérents pour le rassemblement que n’en avaient les Verts,  ou guère plus. C’est-à-dire qu’on aurait détruit un parti politique qui a ses défauts mais néanmoins une certaine cohérence pour arriver à un parti politique dont une partie de l’aile gauche aurait fuit, où l’on aurait intégré des bouts de CAP 21 et du MEI, bref un parti droitisé, sans histoire… et sans démocratie si on suivait certaines propositions de structurations lancées par des députés européens qui auraient pour conséquence non dites de donner le pouvoir à une oligarchie de notables.

Je m’explique.

Le rassemblement de la mouvance écologiste, la mise en place d’un lien et d’un travail organisés avec le monde associatif est malheureusement un échec. On en a eu l’image aux européennes mais plutôt que de chercher à donner à cette image une réalité Daniel Cohn-Bendit et quelques autres ont enterré le rassemblement au lendemain même du scrutin de juin 2009 à Saint-Ouen, en parlant d’Europe Écologie comme d’une organisation puis en exigeant qu’on garde ce nom pour les élections régionales ce qui le faisait apparaître comme celui d’un parti. Se lançant dans la constitution d’une organisation ils créaient « Les Amis d’Europe Écologie » qui sapaient la confiance nécessaire pour la poursuite du rassemblement et dont les initiatives provoquaient dès l’automne les premières démissions. Les discours de Daniel Cohn-Bendit à Saint-Ouen et aux Journées d’été des Verts, les initiatives des  » Amis d’Europe Écologie  » ne présentant pas des propositions mais énonçant comme des évidences, sans consultation ni aval de quiconque, la double appartenance, l’appel au centre et à la droite fermaient le débat.
De juin 2009 à aujourd’hui on n’a cessé, confondant rassemblement de l’écologie et « Europe Écologie » de chercher à faire entériner l’idée que « Europe Écologie » était une organisation et une organisation pérenne. On a de ce fait remplacé la réflexion sur les formes de liens avec les associations et le mouvement social par le débauchage de cadres associatifs (je partage sur ce point l’analyse qu’avait faite Jacques Caplat), ce qui ne change rien au fait que ces personnalités associatives sont souvent pour nos groupes d’élus des acquisitions remarquables, en tout cas pour ce que j’en vois en Ile-de-France).

Quand avant tout débat sur les objectifs ont lance des adhésions (alors qu’EE est en dette il y en a même qui voudraient faire des cartes d’adhérent, des cartes d’adhérent à un processus ! Et valable pour 5 mois !) et que la grande affaire qui est sensée changer la face de la vie politique française est devenue « la structuration d’Europe Écologie« , c’est qu’on a clairement décidé de finir de clouer le cercueil de l’idée de rassemblement de l’écologie politique et de la mouvance de l’écologie.

Et là on peut se poser des questions, en effet si le rassemblement est mort en tant que rassemblement on aurait pu au moins espérer un accroissement des forces militantes de l’écologie politique. Quel est le constat ?

L’afflux de militants est un mirage.

A peu près 3000 non-Verts qui ont « adhéré » à « Europe Ecologie ». Sur ces 3000 on peut en décompter les Verts qui n’ont pas réussi à s’inscrire gratuitement et se sont dit que s’il fallait payer 20 euros pour donner leur avis c’était encore dans leurs moyens, les Verts qui ne voyaient pas pourquoi ils paieraient une cotisation normale à un parti si c’était pour n’avoir pas plus de droits que ceux qui paieraient moins, les Verts qui estiment leurs ambitions bouchées en interne et qui se disent qu’ils ont plus de chance en tant que non-Verts tant on a appliqué aux régionales le principe évangélique qui veut que les derniers soient les premiers, les Verts qui sans aucun crédit dans leur groupe local et leur parti espèrent avoir plus de poids comme non-Verts.

Il faut ajouter que sur ces 3000 non-Verts il y aura une inévitable déperdition, une part d’entre eux est probablement du type des adhérents à 20 euros au PS qui étaient venus pour Ségolène Royal et sont repartis dès que leur icône a perdu la main. L’adhésion Internet est trop facile pour ne pas avoir de perte en ligne quand on interpelle les gens pour une participation réelle (ce n’est pas pour rien que certains « dirigeants » non-Verts veulent investir dans un système de vote électronique dans la logique de Gabriel Cohn-Bendit, c’est aussi utile que les cartes d’adhésion au processus mais ça permet de pouvoir décider sans débat les soirs de match).

En parallèle, coté Verts on voit d’une part tomber les démissions de militants choqués par la façon dont on organise la disparition de leur parti sans les avoir consultés et d’autre part les remontées des régions montrent une chute préoccupante des ré-adhésions.
On perd une partie de l’aile gauche, les départs avec Martine Billard sont infimes mais sont réels ceux sur la pointe des pieds de militants qui ne reconnaissent pas dans l’image donnée par les réunions des « Amis d’Europe Écologie » avec Borloo, Koscusko-Morizet, Jouaneau, voire dans l’appel à Lepage et au MEI, le retour à une forme de « ninisme », comme dans les pratiques entrainées par EE de légitimation de gens non-élus pour cela comme dirigeants politiques.
Ce n’est sans doute pas le gros de nos pertes mais il est sur que le discours qui veut que nos programmes soient restés aussi radicaux qu’auparavant ne suffit pas à compenser un phénomène d’image que l’arrivée en région parisienne de quelques PC ne suffit pas à compenser. Cette droisation n’est pas perçue comme telle par l’opinion mais les militants, dans aucun parti, n’ont jamais été un placage de l’électorat.

Alors que nous sommes en phase de victoire Les Verts auraient du avoir une vague d’adhésions, elle avait commencé après les européennes, mais non seulement elles ont été bloquées par le processus EE mais l’incertitude sur l’avenir des Verts ne pousse pas à ré-adhérer à un parti dont on ne cesse de dire qu’il est en phase de transition, de transmutation, et dont on ne peut affirmer qu’il existera pleinement dans 6 mois.  Il est en effet des enthousiasmes qui ne sont pas forcément unanimes. Si tous les Verts ont soutenu le rassemblement, la façon dont il a été détourné en structuration d’Europe Écologie » menant à la fin des Verts ne fait en revanche pas l’unanimité. L’Assemblée Générale des Verts de Rhône-Alpes du 26 juin est à cet égard significative, 1/3 des voix  sont allées à une liste improvisée de candidats contre la motion unique portée pourtant par toutes les tendances et tous les chefs de tente régionaux, 1/3 des voix sur le seul programme que «  les Verts devaient continuer à exister au sein du rassemblement « .

On est arrivé à un point où, au delà des effets d’annonce pour l’extérieur, beaucoup se demandent si on peut continuer à envisager l’avenir sur la base d’une fiction et s’il est opportun de démolir ce qui existe, de bazarder 25 ans d’expérience, pour refaire un autre parti qui aboutit à une substitution d’adhérents plutôt qu’à un accroissement des effectifs militants (on perd la gauche et on récupère d’ex-modem et Désir d’avenir) et sans que les liens avec le mouvement social n’aient été plus développés qu’auparavant. On a aussi l’apport de nouvelles compétences et enthousiasmes mais il est étrange de ne concevoir qu’un parti pour des gens que ne veulent pas adhérer à un parti. Constatant que le rêve initial a été dévoyé et que même le succédané est un échec, la question politique organisationnelle ne serait-elle pas « Comment sauver l’acquis de la période écoulée sans détruire ? » plutôt que « structurer Europe Écologie« .

Savoir ce qu’on doit faire implique de réfléchir à  la suite, ce qui veut dire d’abord arrêter de se payer de mots, de cesser l’illusion lyrique, de cesser de se refaire sa petite révolution française en chambre en théorisant la « Constituante« , pour analyser la situation à partir de la réalité. Je le dis d’autant plus facilement que je fais partie de ceux qui il y a deux ans ont cru qu’on pouvait créer de vrais formes de concertation, de rassemblement et d’action de la mouvance écologiste (pas les Verts plus les groupuscules que sont CAP 21 et le MEI mais l’ensemble du milieu associatif dont les thématiques recoupent les nôtres).
Aujourd’hui je me dis que si le roi est nu il ne sert à rien de prétendre qu’il est couvert de soie, d’hermine et de brocard.

Il ne s’agit pas non plus de noircir le tableau, de nier la qualité des nouveaux élus et la bonne volonté des militants divers, ceux de la base et des régions et pas l’oligarchie, mais traduit en chiffre, si on excepte quelques pôles particuliers qu’on ne peut prendre comme exemple et qui se noient dans la masse, force est de constater qu’on ne progresse pas et que le total Verts + Non-Verts de la « Nouvelle organisation » pourrait rester en dessous de 10 000 adhérents ou à peine plus, une substitution d’adhérents, peut-être même pas intégrale, plus qu’un renforcement.

Certes on aura du monde aux Journée d’été, certes les réunions sur la « structuration d’Europe Écologie » seront pleines, certes on applaudira les déclarations les plus démagogiques sur le rejet des sensibilités, sur le parti qui n’en sera pas un, sur les formations qui ne fonctionneraient qu’au consensus et où l’on ne se diviserait sur les choix des responsables qui proviendraient comme par enchantement de ce même consensus. Comme d’habitude, par politesse et effet de foule, beaucoup applaudiront même ce avec quoi ils ne sont pas d’accord.
Mais les Journées d’été finies on retombera sur la réalité des chiffres. Et pour lors elle me semble implacable

Je ne sais pas où est a solution maintenant que certains se sont employés à détruire par l’expression de leurs obsessions ou de leur ego, d’ « Amis » en « Appel du 22 mars »,  l’espoir qu’aurait pu être un rassemblement de la mouvance écologiste, mais on ne fait pas une politique longtemps sur l’illusion, l’autosuggestion, des bases erronées et le seul souci de communication.

Peut-on encore sortir le rassemblement de l’écologie de l’ornière ?

L’objectif de l’heure semble être « l’organisation d’Europe Ecologie », il devient évident tel que c’est présenté qu’il ne s’agit d’ailleurs plus d’organisation mais de création d’une « nouvelle organisation ». Si on s’aligne sur les textes qui circulent, sur les déclarations de tel ou telle, on va donc vers un abandon du rêve de départ, trouver des formes de rassemblement de la mouvance de l’écologie dans son ensemble, pour en revenir à une configuration partidaire sans ambition qu’on cache sous les oripeaux du discours d’origine.

On est en effet très loin du déploiement d’un rêve et il faut, planant sur l’avenir, toute l’éloquence et l’emphase d’un Jean Desessard pour réussir une envolée sur le rêve que porterait le texte issu du CAP et validé par le CNIR. Il ne nous propose que la construction d’une « nouvelle organisation » ce qui revient en pratique à refaire un parti avec 1500 à 3000 personnes en plus, si c’est cela il faut bien constater que l’idée de rassemblement fut un succès dans les urnes mais est un échec sur le plan organisationnel et militant.

Dans les deux périodes où Les Verts furent en phase de succès électoral, 1988-89 et 1997-2001, ils avaient aussi gagné entre 1500 et 3000 adhérents, en gros le nombre d’inscrits au processus de réflexion sur le rassemblement qui ne sont pas adhérents des Verts : alors qu’un seuil électoral d’un niveau supérieur à nos succès précédents a été franchi force est de constater qu’il n’entraine pas de réelle dynamique militante supplémentaire qui serait liée au concept « Europe Ecologie » ou que si les nouveaux participants viennent pour « Europe Ecologie » cela n’entraîne pas de saut quantitatif par rapport à nos précedentes phases de progression..

Nous nous retrouvons même dans une situation plus difficile, auparavant ces nouvelles arrivées, en proportion à peu près équivalente à aujourd’hui, adhéraient aux Verts sur un an et demi deux ans après le début de la vague, ces nouveaux militants apportaient leurs spécificités tout en se fondant dans une histoire commune et un fond théorique et programmatique solide, nous avons cette fois ci laissé sur cette même durée d’un an et demi les nouveaux adhérents sans point de chute faute de lieux d’accueil puisque certains théorisaient que ce ne pouvait être les Verts (l’objectif de faire avec « Europe Ecologie » une structure de type « parti démocrate » était le but non dissimulé de certains non-Verts au niveau national) et que rien n’était pensé pour ceux qui ne souhaitaient pas rejoindre une force politique.

Dans le même temps aucune réflexion n’a été menée réellement sur ce que pourrait être la mise en réseau d’une mouvance (on laissera charitablement sous silence les « comités du 22 mars » ;- ), et de la place du parti de l’écologie dans ce réseau, car si la forme partidaire ne recouvre pas tout le champ du politique on ne fait pas de politique sans parti. Résultat on a aujourd’hui quelques deux mille personnes, dont certaines sont élues, qui cherchent où et comment installer leur action politique et on ne leur offre rien de plus qu’une « nouvelle organisation » ce qui en français courant s’appelle un nouveau parti, au bout de deux ans on se contente de refaire ce qui existe déjà.

C’est le syndrome du NPA et un échec patent : faire un parti avec un peu plus d’adhérents n’était pas le but de ce que nous avons lancé en juin 2008.

En effet, une fois « structurée » Europe Ecologie perd toute dynamique de rassemblement, organisé comme un parti celui-ci se retrouve dès l’élection suivante être présenté et perçu comme tel, on ne fait pas durer longtemps un mythe qui ne correspond pas à une part de réalité.

La  démonstration de cet échec de l’idée de structuration de la mouvance de l’écologie se trouve jusqu’à la caricature dans la proposition de certains promoteurs de la « nouvelle organisation » qui demandent que cet Europe Ecologie structuré laisse 25% des places à chaque élection à des non-membres de ce parti : à se demander si l’élection passée il ne faudrait pas faire une autre nouvelle organisation pour intégrer ces 25% qui ne voudraient pas adhérer au parti Europe Écologie et à qui il faudrait bien un havre, et ainsi de suite, de scrutin en scrutin, et à chaque élection il restera à faire un grand rassemblement de l’écologie après avoir enterré une dynamique en 2009-2010 faute d’avoir été capable d’imaginer autre chose qu’un parti politique qui existait déjà.

Nous sommes donc pour lors, sous le couvert d’une image que nous avons réussi à préserver, dans l’échec de la stratégie de rassemblement que les Verts avaient choisi à Lille. On voulait un réseau avec les associatifs, des syndicalistes, des intellectuels, un système de relation avec des individualités qui veulent pouvoir participer quand elles le souhaitent sans être encartées, et on finit par se battre pour savoir s’il faut aider à sortir de l’assistance respiratoire CAP 21 et le MEI, deux groupuscules de quelques centaines de personnes, inconnus du grand public, qui n’apportent ni réseaux ni voix, mais en revanche une centrisation politique certaine et un retour à un « ninisme » qu’on s’étonne de voir aussi facilement accepté au sein des Verts par des gens qui se faisaient les chantres de « l’ancrage à gauche ». Je précise qu’il ne s’agit pas de rejeter les militants de ces partis, mais accueillir des individus n’est pas la même chose que de redonner une crédibilité à des structures moribondes, notamment CAP 21 dont une partie des adhérents a déjà abandonné Lepage pour rejoindre le rassemblement.

Il faut l’avouer, « structurer Europe Ecologie » ce n’est pas un rêve mais une réflexion pauvre pour une pauvre ambition.

Ambition d’autant plus pauvre qu’on parle structures avant même d’avoir défini le projet commun, je dis bien le projet et pas le programme, comme si la forme n’était pas prédéterminée par le fond. Il est pour le moins significatif que certains réfléchissent depuis des mois aux formes d’organisation et qu’on vienne seulement de créer un groupe chargé de plancher sur le projet.

Parallèlement, lassés de la double structuration du pouvoir, des instances élues qui se retrouvent à égalité avec des personne qui n’ont pas la légitimité de l’élection ou qui « représentent » les non-Verts sans avoir été élus sur un programme alors que ceux-ci ne sont pas plus un bloc que les Verts, lassés de la multiplication des réunions entrainée par le dérapage du rassemblement vers une double structure partidaire, des militants ont tendance à vouloir accélérer la « structuration d’Europe Ecologie » pour pouvoir retrouver des façons normales et démocratiques de travailler, problème qui ne se pose d’ailleurs guère au niveau des groupes locaux mais qui pèse sur les structures. Idem pour les « divers » du rassemblement, qui faute d’un projet, cherchent désespérément une bouée où se raccrocher pour surnager jusqu’au port, quel que soit le port pour peu qu’ils soient quelque part.

La mauvaise gestion du devenir du rassemblement jusqu’à maintenant rend-t-elle obligatoire de continuer à jouer petit bras ou ne vaut-il pas mieux chercher à le prendre à bras le corps et à le penser vraiment ?

Au dernier CNIR j’ai dit sans fausses pudeurs que le texte issu du dernier CAP n’était pas très bon mais qu’il fallait quand même le voter parce qu’il s’agissait d’un cadre de travail et qu’un cadre de travail était toujours améliorable, parce qu’aussi on ne souhaitait pas rompre ce qui subsistait de la dynamique née des européennes et des régionales.

Il me semble que pour améliorer ce cadre il faudrait commencer par reposer correctement les termes du débat.

Le problème est-il de « structurer Europe Ecologie » ? Cela a-t-il un intérêt à moyen terme de recréer un parti à la place d’un autre parti ? N’est ce pas une politique de renoncement et entériner l’échec du grand projet de rassemblement de la mouvance de l’écologie et de l’irrigation par celle-ci de sa frange politique ?

J’ai bien écrit de la mouvance « de l’écologie » et pas « des écologistes ». Nous avons passé plusieurs décennies depuis René Dumont à expliquer à ceux qui nous disaient que « l’écologie ce n’est pas politique » que l’écologie ne se limitait pas à l’environnement et que l’environnement résultaient de choix politiques et économiques, quand on vient nous parler aujourd’hui, et de la part de gens qui voudraient faire partie du rassemblement, des « écologistes du gouvernement », nous ne rassemblons pas la mouvance de l’écologie mais nous faisons un pas en arrière de plus de trente ans : tous les défenseurs de la nature ne sont pas des écolos. Si l’on peut trouver dans la mouvance de l’écologie, notamment dans les associations locales de défense de l’environnement, des représentants de courants politiques très divers,  toute la mouvance de l’écologie ne relève pas de l’écologie politique et n’est pas forcément appelée à participer aux décisions qui concernent des choix d’orientation politique et de candidats.

Le discours de l’unanimisme écologiste est de plus contradictoire avec le discours que tiennent par ailleurs ses tenants  sur l’écologie qui serait un courant politique à part entière, indépendant de la droite et de la gauche,  car réunir tout et n’importe quoi sans autre ligne idéologique qu’un attachement à l’environnement c’est la négation même d’une pensée politique indépendante des courants préétablis.

Si l’on voulait réellement avancer peut-être faudrait-il admettre qu’Europe Ecologie a été un moment du rassemblement mais que pour les Assises ce n’est plus « Europe Ecologie » qu’il faut penser mais le rassemblement de la mouvance de l’écologie, qu’il faut aller plus loin que le petit objectif, très petit objectif, de faire des statuts à EE pour remplacer les Verts comme parti, c’est à dire de refaire la même chose avec un peu plus d’adhérents. Et encore ce « un peu plus » n’est même pas certain vu les trous béants que les conditions des régionales et l’incertitude sur l’avenir créent dans les ré-adhésions de certaines régions Vertes pour 2010, on pourrait arriver au final à moins de Verts à peine compensés par les nouveaux adhérents et avoir abandonné l’outil qu’était les Verts pour rester toujours moins de 10 000 alors que sur la dynamique des européennes, avant qu’on ne parle de nouveau parti, nous avions une vague d’adhésions.

Il faudrait alors, plutôt que de cogiter sur la « structuration d’Europe Ecologie », à savoir rédiger les statuts d’un parti avec dans l’hypothèse aujourd’hui la plus optimiste deux mille pékins et pékines en plus, ce qui ne fait pas rêver grand monde en dehors des tribunes du CAP et du CNIR et des réunions de BE, se décider enfin à penser la mouvance de l’écologie dans sa globalité.

Non principalement pour les élections, ce qui semble l’obsession de certains, mais pour l’action, car il faut malheureusement constater que le partage des dépouilles électorales est ce qui semble surtout préoccuper certains dans la « structuration d’Europe Ecologie ». Je ne mets évidement pas ici en cause le plus grand nombre des divers de ce que l’on va appeler par commodité « le rassemblement », l’écrasante majorité est  venue avec sincérité pour agir ou s’engager sur des idéaux politiques, sans aucun lien avec quelque oligarchie que ce soit.

Ce sont alors d’autres questions qu’il faudrait nous poser

1 ) Faut-il un parti de l’écologie ? Si oui quels changements faut-il apporter à ce que sont actuellement les Verts au vu de nos 25 ans d’expérience et de l’acquis de ces deux dernières années ?

2 ) Comment entretenir des liens avec les milieux associatifs, les associations de notre mouvance idéologique ou dont les objectifs recoupent ne serait ce que ponctuellement les nôtres ? Comment réussir à unir dans la réflexion des associations et un parti sans nuire à la spécificité et à l’indépendance de chacun ? Comment créer des lieux de rencontre pour unifier dans l’action (peut-être pas les mêmes lieux pour tous, peut-être par regroupements thématiques : nucléaire, OGM, Transports, économie sociale, droits humains…) ?

3 ) Même question pour les milieux syndicaux, la réflexion sur l’économie et le travail.

4 ) Si on ne remet pas en cause la nécessité d’un parti de l’écologie politique Les Verts doivent-ils être la seule force politique organisée du rassemblement ? Quelles structures créer pour permettre l’accueil de groupes organisés venant d’autres partis qui ne pourraient envisager de passer directement du PS, du NPA, du PC… dans un parti qui relève d’une autre tradition et d’une autre histoire que la leur

5 ) Nombreux sont ceux qui refusent le côté globalisant de l’engagement politique qui oblige à adhérer à un programme même si on reste libre d’en contester tel ou tel point. Comment maintenir le lien avec ceux qui ne souhaitent s’engager que sur les OGM, le nucléaire, la défense des immigrés, une élection ponctuelle… ?

6 ) Comment utiliser ceux qui sont prêts à participer à un travail de réflexion sans pour autant vouloir s’immiscer dans une vie d’organisation et dans ses décisions

7 ) Ces différents niveaux d’engagements doivent-il avoir les mêmes possibilités d’influer sur les orientations politiques, les stratégies, le choix des candidats ?

8 ) Quels lieux de rassemblement pour la mouvance de l’écologie (fondation, commissions de travail, « parlements régionaux…) ?

Ce sont toutes ces questions et d’autres que j’oublie qu’on ne pose pas : celles de l’irrigation de la mouvance de l’écologie par un parti, de l’enrichissement du parti par la mouvance, des allers et retours et interactions entre les différentes composantes de celle-ci. C’était pourtant l’objectif que nous nous étions fixés et qui s’est perdu en route.

A ne pas se les poser et à se focaliser sur un petit objectif de repli « la structuration d’Europe Ecologie », on détruit les Verts, qui ne sont pas parfaits mais dont le bilan historique n’est cependant pas nul et qui ont, n’en déplaise à certains ténors médiatiques, des acquis nombreux, pour ne rien faire de réellement nouveau. On abandonne le rêve pour la bureaucratie des apparatchiks, on renonce à la stratégie créative d’une vraie mouvance active de l’écologie politique, mouvance bien plus étendue que les deux ou trois milliers de participants non-Verts au processus EE.

Or cette stratégie de rassemblement était un vrai investissement pour l’avenir, y compris pour la présidentielle et les législatives. Faut-il abandonner une stratégie de construction de l’écologie politique solide et sur la durée au profit du règlement d’une situation ponctuelle qui a été mal gérée et parfois soigneusement entretenue par  quelques personnes pour conforter dans la négociation pour de nouvelles instances la place qu’ils ont eu par cooptation ?

Il nous reste encore quelques semaines si nous le décidions pour redevenir sérieux, poser les vrais débats, faire preuve d’une imagination qui n’a pas été au pouvoir jusqu’ici… Et sauver le rassemblement, cette idée d’ouverture qu’on est en train de refermer de conventions en assises pour la réduire à « structurer Europe Ecologie » …. S’il en est encore temps ce qui n’est pas évident…