Une constitution est le reflet de valeurs et de principes, un mode d’organisation est la mise ne pratique de ce qu’on est et de ce qu’on veut, des idées dont on se réclame. Au-delà du texte, c’est aussi le fonctionnement effectif qui atteste de l’adéquation entre ce que l’on fait et ce que l’on prétend être.
Avant de faire le saut dans les modalités d’organisation du rassemblement de l’écologie il importe donc de fixer en préalable les objectifs souhaités.
Il importe aussi de se fixer des cadres de travail qui permettent de ne pas s’égarer loin du projet poursuivi.
I l y a d’abord les précautions, ce que nous ne devons pas faire
- Nous ne devons pas nous illusionner sur notre force, ce n’est pas sans conséquences sur ce que l’on construit : on ne gouverne pas San Marin comme les États-Unis, on n’a pas les mêmes statuts dans un regroupement de quelques milliers de membres, de quelques dizaines de milliers ou de deux-cent mille. Forts de nos récents succès électoraux on pourrait céder à l’illusion récurrente chez les écologistes depuis plus de 30 ans de la progression logarithmique des voix, rêver d’une société qui nous attendrait.
Or nous vivons dans un monde démocratique, les changements électoraux majeurs sont relativement lents, les différentes élections ne sont pas comparables et obéissent à des logiques différentes, les régionales ont d’ailleurs effacé les mirages et calmé les propos va t’en guerre qui suivirent les européennes. Nous pouvons espérer stabiliser progressivement nos résultats à plus de 10 %, égaler un jour le PS et le dépasser, mais ce sera un processus lent.
Quant à la société elle ne nous attend pas plus que nous n’attendons l’UMP ou le PC. Nous devons construire en sachant que le monde associatif n’est pas un et que nous ne le représentons pas, que la société n’est pas une non plus, que nous connaîtrons des reculs et que le mode électoral pour les élections qui s’annoncent ne nous est pas favorable.
Ayons le courage de le dire, nos résultats électoraux sont bons sans être exceptionnels. Le résultat des européennes est du à des circonstances diverses, le regain du vote socialiste aux régionales l’a démontré à ceux qui ne juraient que par notre force de conviction. Le gain de 6 points par rapport à nos deux meilleures années, 1989 et 1999, est d’ailleurs dans l’ordre des fluctuations de cette élection où les mouvements de yoyo sont les plus prononcés, il suffit pour le constater d’y regarder depuis 1979 l’évolution des voix du Parti socialiste, comme de l’UMP et du RPR auquel elle a succédé. .
Il est évident que le résultat des régionales n’est pas à comparer avec celui de juin 2009, contrairement aux âneries que l’on put lire qui regrettaient notre recul par rapport aux européennes. Cependant, nihil novi sub sole, si nous y avons progressé par rapport au scrutin similaire de 2004, un gain de 4 points en moyenne en 5 ans dans les régions où la comparaison avec 2004 est possible, Rhône-Alpes mise à part, est un incontestable succès, peut-être la marque d’un enracinement, certainement celle d’une dynamique à un moment X, mais c’est aussi un gain qui peut sembler logique quand on ne cesse de répéter que les mentalités évoluent et que les citoyens prennent consciences de la crise écologique. Il est aussi de l’ordre des succès ponctuels que tous les partis connaissent, c’est l’avenir qui nous dira si le niveau atteint aujourd’hui est notre socle, notre pic ou notre pivot électoral.
Le relatif échec de l’adhésion au processus de discussion sur l’avenir du rassemblement, 7000 personnes en trois mois, y compris les adhérents des Verts, montre par ailleurs que des succès électoraux, la confiance donnée à une liste lors d’une élection, ne se traduisent pas forcément en dynamique militante. L’afflux de militants n’a pas eu lieu ou plutôt pas plus que d’habitude, oui des gens nous ont rejoints mais pas plus quand on regarde les chiffres que lors des précédents succès électoraux des Verts à la fin des années 80 et lors de l’entrée au gouvernement.
Il ne s’agit donc pas de croire à notre succès dans un acte de foi mais de le construire et donc pour l’instant de bâtir les modalités de fonctionnement d’un rassemblement de dix à vingt-mille personnes, disons avec un très grand élan d’optimisme trente mille en 2012. La question est donc : comment faire fonctionner ensemble le parti politique que sont Les Verts, la fédération de partis qu’est RPS, et les militants ou sympathisants qui ne veulent pas appartenir à un parti politique, comment aussi organiser les relations de cet ensemble avec les associations de la mouvance de l’écologie, les syndicats, les personnalités proches.
- Nous ne devons pas définir au préalable le système de référence dans lequel s’inscrit l’organisation de la mouvance de l’écologie.
Plusieurs modèles théoriques d’organisation ont été proposés (parti unitaire, fédération, coopérative laitière), il me semble que le choix préalable de l’un d’eux est non seulement inutile mais fige la réflexion. Cherchons point par point des solutions pragmatiques pour les objectifs que nous nous fixons, voyons ce dont nous avons besoin, il sera bien temps après de caractériser le résultat.
En politique le signifiant ne dit d’ailleurs pas toujours ce qu’est la réalité : la Confédération helvétique est en pratique une fédération, l’Union européenne qui se rêve fédération l’est essentiellement pour la circulation des marchandises, et c’est souvent plus l’usage que les textes qui créent le modèle : rappelons que la Ve République avait une constitution parfaitement adaptée à un système parlementaire. Alors sérions les points d’organisation à résoudre, proposons des réponses, testons les dans les années qui viennent, et l’on verra bien ce qu’il en ressortira. Expérimentons !
– Nous ne devons pas chercher à construire une organisation
Une organisation avec une instance exécutive et un parlement élus par les adhérents, si souple que puisse être son fonctionnement, s’appelle un parti. Construire une organisation, un parti, c’est le signe de l’échec, c’est renoncer à l’idée de rassemblement qui a contribué au succès de la phase électorale écoulée en permettant l’engagement ponctuel d’individualités qui ne se reconnaissaient pas dans un engagement partidaire.
La réflexion ne devrait donc pas porter sur la construction d’une organisation. Il s’agit d’organiser le rassemblement, de créer des lieux de rencontre, de penser des rapports entre entités, types d’engagements et individualités. Il s’agit d’organiser des espaces de débat, des moments d’actions, des processus de décision
Il s’agit que cet ensemble d’interrelations et d’interactions ait une cohérence globale sans pour autant être d’une seule pièce et nier la diversité de ses pôles et composante. Nous devons créer une mosaïque où la beauté du tout vient de la variété des tesselles et de la place donnée à chacune d’elle dans l’ordonnancement général.
Avant de réfléchir à des instances il convient donc de distinguer des fonctions qui correspondent à des espaces différents et peut-être à des formes différentes d’organisation.
- L’espace électoral
– L’espace des combats thématiques, des luttes et actions de terrain
– L’espace de la réflexion
– L’espace des institutions
Aucun d’eux n’est coupé des autres, ce ne sont pas non plus des cercles concentriques du parti politique à la périphérie, mais des espaces à la fois distincts et emboités avec des intersections qui les rendent interdépendants.
Et avant de savoir qui choisit les candidats aux élections il convient de savoir comment on répond à ces différentes fonctions.
– Nous ne devons pas chercher l’unification des militants dans une organisation nouvelle.
Uniformiser les adhésions et le militantisme, c’est ne pas tenir compte des différents niveaux d’engagements, ou plutôt de leur variété, et imposer à ceux qui ne veulent pas être dans un parti les droits, mais alors aussi les charges, des membres de ceux-ci.
– Nous devons arrêter la démagogie antiparti et laisser aux tribunes libres et aux analyses branchouilles de Libération les creuses théorisations de bateleur sur leur inadéquation au monde actuel, leurs limites ou leur dépassement.
Parler des partis comme d’un modèle périmé est d’une part une vision très française qu’on ne saurait généraliser à l’ensemble des pays d’Europe, d’autre part un manque de recul historique flagrant, notre pays n’a en effet jamais connu de partis réellement de masse sauf pendant quelques moments historiques liés à des périodes exceptionnelles. Quant au dénigrement de ceux-ci, il est aussi vieux que la République sauf que jusqu’alors il était réservé à l’extrême droite.
Si on doit certes penser la politique au delà des partis ce n’est pas pour autant qu’ils seraient dépassés, on a dit la même chose pour les syndicats à partir du milieu des années 80, ceux-ci ont relativement peu de membres mais c’est pourtant vers eux que les salariés se tournent spontanément en cas de problèmes.
Et la liste de ce que nous ne devons pas faire détermine ce que nous devons rechercher
– Le Rassemblement de la mouvance de l’écologie doit être clairement identifié
Il doit avoir un nom porteur, qui rende bien l’idée de rassemblement, ce qui n’est pas le cas de l’actuel « Europe Écologie », et un logo.
Il n’est pas un parti, il n’a pas à intervenir sur tout, mais chacun, quel que soit son statut au sein de celui-ci, sympathisant voulant être informé ou ne s’investir que sur un combat particulier, personnalité souhaitant ne participer qu’à la réflexion programmatique, membre de RPS ou des Verts, doit pouvoir ressentir envers lui, comme l’écrit Jean-Paul Besset, un « sentiment d’appartenance ». C’est ce sentiment d’appartenance et d’unité qui fait une force politique.
– Le rassemblement de la mouvance de l’écologie doit avoir des valeurs communes et un projet
Ce sont la Charte des valeurs et ce projet qui créent l’identité commune et qui fondent le rassemblement. C’est l’adhésion à la Charte des valeurs et au projet qui fait l’unité des ses membres quel que soit le degré d’implication et les droits dont chacun d’eux y dispose en proportion de son degré d’engagement.
Si cette charte des valeurs n’est pas un programme, ce n’est pas non plus un édredon qui change de forme selon qui s’y couche, il existe un socle idéologique qui fonde l’écologie politique, qui est un acquis et qui n’est pas mis au débat (antiproductivisme, antilibéralisme, fédéralisme…), on ne part pas de zéro, on poursuit une histoire.
Cette identité et ces valeurs partagées excluent la double appartenance au rassemblement et à un parti politique autre que Les Verts ou RPS, car une force politique qui n’a pas un dedans et un dehors n’existe pas.
– Le rassemblement de la mouvance de l’écologie doit penser une organisation qui reconnaisse que l’action politique est diverse et ne se limite pas aux lieux de pouvoirs institutionnels.
La « Charte d’Amiens » de 1906, souvent mal comprise, ne disait nullement que les syndicats ne faisaient pas de politique mais que leur action ne dépendait pas de celle d’un parti. C’est cette action politique des syndicats et des associations que nous devons trouver le moyen de reconnaître dans le rassemblement, mais en respectant la spécificité de celle-ci, de même que doit être respectée la spécificité de l’action des Verts. Si les associations et syndicats ne sont pas des dépendances thématiques du parti celui-ci fait une synthèses politique qui n’en fait pas non-plus le simple porte-voix sur le champ électoral du milieu associatif ou syndical.
Rassembler une mouvance de l’écologie politique qui se déploie sur des champs divers ne peut donc se faire dans un parti, serait-il à l’image de la tradition gaulliste hypocritement camouflé sous un autre nom.
Et une fois cadré ce que l’on ne doit pas faire et ce qu’il est indispensable de faire il devient plus aisé de réfléchir aux structures possibles, certains choix tombant automatiquement car contradictoires avec l’objectif poursuivi.
Les possibilités et combinaisons restantes suffisent à ouvrir un très large débat. D’autant plus que ce qu’il y a à trouver demande justement de sortir des sentiers battus de ce qui existe, de sortir de la reproduction du modèle partidaire avec son exécutif et son conseil national décliné sous toutes les variantes dans tous les partis, de trouver un modèle de fonctionnement qui permette au parti des Verts et aux régionalistes de fonctionner et d’agir et à l’ensemble de la mouvance de l’écologie politique de trouver un cadre de vie démocratique lui permettant d’être une force efficace et reconnue là où il lui appartient d’intervenir.
Et c’est beaucoup moins simple que de créer la variante écologiste du NPA dans un facile, sans intérêt ni valeur ajoutée, « Nouveau Parti Écologiste ».